Les langues vivantes…
Très tôt j ai parlé le français, pour autant je ne peux pas affirmer à 100% que cela soit ma langue de prédilection.
Je suis né dans les hauts de Seine à 11H50 et je suis certain d’avoir bel et bien hurlé ma rage de vivre aux oreilles averties du monde.
Oui ce devait être déjà décidé, j’allais ne plus me taire et dénoncer les injustices de cet univers.
Cependant un message d’une intensité rare devait être clairement non pas nécessairement exprimé mais au moins compris.
Rappelons que je m adressais à des non savants et que j étais en devenir.
Alors le français, qui était la langue de mes géniteurs serait au départ mon support linguistique par défaut.
Il me fut aisé d’apprendre à le parler mais je me devais également d’en maîtriser l’orthographe.
C’est à cette époque que j’appris à écrire avec la méthode qui a réussit à des millions d’enfants de cette époque, celle qui nous fait lier une consonne à une voyelle et qui nous fait ensuite enchaîner ces phonèmes.
Mais évidement, habitant depuis toujours dans des pays où le français était une des langues potentiellement parlée, il se posait à moi cette question dont la réponse est devenue de plus en plus trouble chaque fois que je me la suis reposée : pourquoi parler le français ?
Alors la réponse que je vais vous faire là va vous paraître tomber sous le sens, mais je vous prie de croire qu au moment ou je me la suis posé, je n avais de moins en moins le caractère d évidence dans mes conclusions.
Le français était la langue de mes parents et de mes ancêtres proches.
Proches parce que du coté de papa, nos origines sont Allemandes du coté maternel et britanniques du coté paternel.
Du coté de maman, les origines sont allemandes du coté maternel et belge du coté paternel.
Je suis un pur produit du métissage européen et je le revendique avec une certaine fierté, prenez en acte car je ne souligner ai pas toujours la même ferveur pour mes racines gauloises.
Pour apprendre le français, ma maîtresse d’école de Cours élémentaire, ( celle là même qui allait à me faire quelques tendres câlins de quelques dizaines de secondes parfois ( elle n avait pas eu de garçon ) et qui répétait à ma mère que j’étais très attachant ) avait une méthode que j’ai repris systématiquement lorsque j ai par la suite donné des cours de français à des enfants en difficultés scolaires.
J’avais un grand cahier dont chaque page était une rubrique distincte : c était un son écrit d une façon précise et je devais copier 5 mots par jour dans ce cahier en classant ces mots dans toutes les rubriques ou je pouvais le faire.
Exemple : une page pour le son « o » : écrit ainsi : 1 page pour « O », 1 page pour « au »,1 pour « eau », une pour « ô », une page pour le « t » muet…etc.
Ainsi le mot château était classé dans les rubriques suivantes :
« ch » + « t » ( 1 seul t ) + « eau »
Le mot « capot » était classé dans celles-ci :
le son « k » écrit « c » + « p » ( 1 seul p ) + « o » + « t » muet
Chaque jour de ma scolarité du Ce1 au cm2 elle avait une liste de mots que nous devions acquérir chaque année et à raison de 5 mots par jour, nous ingurgitions de l orthographe proprement.
A ces 5 mots, ma mère venait exiger de moi que j y ajoute les mots qu elle me forçait à chercher dans le dictionnaire ainsi que ceux des différentes lectures que je pouvais avoir…
Je tombais vite à des listes de 10 à 15 mots par jour…
Je les avalais et en faisait une nourriture digeste.
Ma première interrogation s’est faite en Indonésie ou au bout de 2 ans, je parlais indonésien quasiment couramment.
Je n ai pas à proprement parler d odorat ( ce sens m’est quasiment inconnu ) et j ai vite compensé par un autre sens : l’ouie.
Peut être était ce un de ces vils instincts de cette sous jacente condition animal.
En tout cas j étais très porté sur l audition.
Je reconnaissais tous les sons et par exemple, en matière de langue il m était très aisé de décomposer les mots dans une phrase, quelle que soit le langage parlé.
J isolais les mots qui prenaient forme et se plaçaient les uns derrière les autres dans ma tête.
Ils prenaient alors du sens si je connaissais leur sens ou je leur en donnais en fonction de ceux qui m échappaient et je comprenais vite mes interlocuteurs.
Je vous parle là de tout langage sauf du français. Je parle de l indonésien par exemple qui fut mon premier jouet linguistique.
D’abord parce que cette langue chantait à mes oreilles et parce que je voyais vite son utilité : me faire comprendre des autochtones que nous rencontrions et ne pas me faire comprendre de tous les français qui vivaient sur notre base vie.
Je le parlais sans accent et si je n avais pas été un corps mais une voix off, j’aurai pu mettre au défi quiconque de me dire de quelle origine j étais.
Alors parlons de mes premiers souvenirs de l utilisation de cette langue.
Je me souviens de mes parents faisant les courses à Grésik ( ville de Java ou nous résidions ) et suivant la foule qui se massait dans un grand bâtiment, nous nous glissions parmi eux.
Les seuls blancs de peaux, les seuls occidentaux assurément.
Ces personnes devaient croire que nous étions des observateurs ou de quelconques diplomates.
Je nous revois rentrer dans ce bâtiment couvert rempli de chaises alignées, tournées vers une scène ou d illustres orateurs locaux allaient pouvoir desservir leur discours formaté, prédigéré, à l image du repas qui nous est offert à l entrée, comme à chacun des présents.
Nous prenons places en milieu de salle.
Au bout de quelques minutes d allocution de la part de militaires et de politiciens qui se succèdent à la barre, je comprenais ce discours simple sans en voir l intérêt majeur. Mes parents me questionnant et je leur précise l objet principal de ce discours. Ils réalisent alors qu il s agit d un discours partisan de la dictature en place. Que faire ?
Rester encore 1 ou 2 heures jusqu à la fin ou partir et susciter le courroux des orateurs qui se verraient désavoués par les occidentaux présents, le tout en plein milieu du meeting ?
Mes parents n étaient pas diplomates et malgré mon avertissement, nous sommes partis devant une foule médusée et murmurant sur notre passage.
Je ne voyais pas l intérêt de ce comportement de la part des deux parties : ce discours était pitoyable et nous le faire remarquer l était tout autant que partir en milieu d un acte dans lequel nous étions venu de plein gré…
Je me revois également me frotter aux affres du commerce avec d’antiques marchands venus nous vendre leurs reliques…
J étais l intermédiaire nécessaire de toute discussion et négociation tripartite entre les autorités internationales ( mes parents ) et locales ( les habitants de l île).
Position intéressante mais vite pénible puisque je n avais pas de taquet de discussion possible. Pas d initiative.
Je jugeais rapidement que cela devrait cesser.
Je ne devais pas être persuasif à l époque puisque cette situation à perdurée de tout temps et en tout pays.
Je me souviens des traits effrayés de mon visage effrayé en lisant les raisons pour lesquelles telle ou telle autre personne était pendu à l arbre sur la route pour aller à Surabaya ou encore les raisons pour lesquelles telle maison était déclarée hantée…
Je vivais la culture locale de l intérieur en la respirant et en la touchant du doigt au quotidien. Je parlais au monde qui m entourait avec la même aisance et la même simplicité que celle qui animait mes échanges avec mes compatriotes.
Sachant que dans certaines zones reculées ou nous étions à l époque, certains n avaient vu d homme blanc qu en photo mais pas en vrai…Et que lorsque ceux ci sont poilus de surcroît et avec les yeux clairs… Et qu’ils parlent votre langue…J étais un trophée pour mes parents et mon frère un dieu vivant. Je n ai jamais été jaloux de lui, nous avons toujours eu la délicatesse de s arranger pour ne pas concourir dans la même catégorie pour d une part ne pas s’abaisser à se soumettre à la comparaison de l un par rapport à l autre de la part de nos parents et professeurs et d autre part pour ne pas nous même devoir faire des constats qui pourraient un jour nous faire mal à l’un ou l’autre.
Toujours est il que je me revois quelques semaines plus tard négociant l achat, la vente et la revente ( de ceux que nous prenions tels des trophées de guerre lorsqu ils s écrasaient au sol en s étant détachés de leur frêle cordelette ) de cerfs volants.
J avais un ami qui s appelait Flavien et qui est resté mon meilleur ami pendant des années. Lui était mon seul vrai rival dans cette quête.
D’abord parce qu il parlait indonésien depuis 1 ans de plus que moi et ensuite parce qu étant plus âgé, il courrait plus vite et les ramassait en général avant moi.
Ne croyez pas que je me contentais des miettes, non j avais pris parti de négocier avec lui de la façon suivante : lorsque nous avions 2 trophées dans la journée, me revenait toujours le plus petit en terme de taille.
Les prises étaient alors régulièrement également en ma faveur.
Nous revendions les cerfs volants que ces jeunes enfants avaient construits de leurs propres mains et nous refaisions la décoration au préalable à notre méthode.
Si cela nous plaisait, nous les gardions et décorés comme cela il était impossible au constructeur lui même de le reconnaître.
Si cela ne nous plaisait pas, nous les échangions ou les vendions avec leur déco d origine à leurs propriétaires.
Nous monnayions alors le simple fait de leur rendre. Prises de guerre oblige.
Oui mais autant on pouvait être malins, autant nous n étions pas les seuls. Bientôt ils eurent vite fait de comprendre notre démarche et ils faisaient de petites marques à même la structure en bambou qui faisait de chaque construction un objet unique.
Ainsi comme un numéro de série nous devions d abord repérer cette marque qu ils dissimulaient de plus en plus et nous devions la maquiller avant une revente potentielle.
Je décidais que cela avait assez duré et nous avons alors commencé les méthodes radicales.
Pour préciser les choses, les indonésiens avaient un campement séparé du notre et leurs cerfs volants volaient rarement près des nôtres. Mais cela pouvait arriver néanmoins et des lors nous les suivions dans le ciel avec nos vélos, guettant toute rupture de corde et donc toute chute en notre territoire.
A cet instant précis nous roulions aussi vite que possible en direction de cet objet tombant, comme si nous étions témoin de la chute d un ovni. Soit nous le détruisions suffisamment pour que cela passe pour les conséquences de la chute et qu il soit irréparable, soit de lui même il s était si violemment écrasé qu il avait opté pour cet état.
Dans tous les cas de figure nous attendions cachés que le malheureux arrive pour récupérer son précieux objet et nous riions de plaisir de son malheur.
L indonésien nous servait alors à railler le pauvre garçon et je peux dire aujourd’hui que cela ne nous a pas porté chance.
Très vite un cerf volant s écrasant loin de son propriétaire devenait un panneau d échanges de noms d oiseaux.
Nous laissions des messages clairement écrits en indonésien sur les leurs et faisaient de même sur les nôtres.
Quand bien même ils étaient leurs quelques jours ou quelques semaines auparavant d’ailleurs.
Nous parlions alors 2 langues parfaitement et sans accent et cela était naturel.
Je continuais de questionner les gens et à les épuiser de mes questions en ces 2 langues…
Je passais en revue l étonnant panel de leurs jurons afin d égayer et de diversifier nos écrits romancés sur cerf-volant.
Mentalement je m amusais à classer ces mots qui semblaient naturels dans mon cahier de phonèmes…
Je me souviens ainsi d un weekend end épuisant. Nous étions partis au Bromo, dans une contrée pleine de volcans en activité.
Il y avait une longue trotte à cheval pour s y rendre ( c est à cette époque que j ai alors commencé à monter à cheval ) suivi d une série de marche taillées dans le basalte…
Il y avait alors des marcheurs rodés qui en tenant d une main un anneau en acier, vous le tendait et en le prenant en main il marchait devant vous pour vous tirer et vous aider ainsi à grimper ces longues marches…
Je me souviens que le mien était partiellement sourd et qu il avait du connaître les volcans à leur origine tellement il me semblait avoir traversés des siècles, lui aussi.
Je commençais par entamer une conversation avec lui et voyant qu il était inintéressant, je me mis à marcher avec lui à coté.
Bientôt je le dépassais et le voyant râler, je le lâchais et partais grimper de mon coté.
Apres tout il était rémunéré d avance et le sens du tourisme aurait pu l inciter à parler de choses et d autres en rapport avec la région.
L indonésien m a tout juste permit d être déçu à ce moment là, déçu par le fait de découvrir que aussi étaient aussi inintéressants que leurs semblables de nationalité française. Je pense que c est le mime Marceau qui m a le plus déçu.
Un soir je découvrais au consulat de France en Indonésie la notion de sang froid et le pseudo intellectualisme à la française, dans toute son étonnante vulgarité nombriliste pataugeant dans la décrépitude culturelle : un spectacle indonésien de serpents me donna plus de sensation, particulièrement parce que je pus aller toucher et échanger avec les stars de la soirée en coulisse à l issu du spectacle : des animaux dont le sang froid étaient une qualité que j enviais.
J en profitais pour féliciter en riant l un d entre eux. Vous allez découvrir pourquoi dans quelques instants.
La suite aillait être affligeante : regarder un vieille homme aux allures séniles faire l autiste devant un groupe d individus endimanchés faisant semblant de comprendre et d apprécier une prestation aussi ennuyeuse que les discours politiques locaux…
Je découvrais donc que le monde des non savants et des adultes, que j avais la fâcheuse tendance à lier étroitement l un à l autre, était aussi pénible à supporter des lors que le fond du message était creux, que ce soit de la communication verbale ou non verbale qui véhicule le message…
Je touchais du doigt le fait que finalement c est la forme qui importe, l intention plus que le fait. Peut être les spectateurs ont ils finalement applaudit ce vieil homme par compassion pour le mal qu il s était donné, pour l intention qu il avait eu de nous divertir agréablement.
Peut être même avait il été sincère. Le clou de la soirée fut lorsqu un serpent réputé mortel s échappa des mains expertes de son geôlier en direction du public. Nous fumes 3 à ne pas bouger. Dont mon père. Je riais de la peur panique que cela avait provoqué dans le public, non pas par inconscience ou sadisme mais par étonnement. Où un serpent irait il se cacher dans une pièce close ? La vraie mort était ce mime.
Pour poursuivre sur les langues vivantes, et comme si cela n avait pas suffit, le père de Flavien nous donnait des cours d anglais une fois par semaine et je me frottais à un langage que je trouvais rapidement bien plus simple et logique que le français et je ne comprenais pas pourquoi le noyau familial n abandonnait pas cette langue au profit de l anglais. Il nous récupérait le soir dans son véhicule et nous repartions à l école en cours du soir, entre amis.
David Bowie et les chanteurs anglophones qu écoutaient mes parents m aidaient à donner du sens à tout ceci.
Je quittais quelques mois après le continent asiatique pour l Amérique du sud : le Venezuela.
J avais 10 ans et ce challenge ne m intéresserait que temporairement.
Ma mère me répétait à longueur de journée « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué »…
Passer de l indonésien à une langue latine…Bof.
Je prenais des cours d espagnol chaque semaine et je passais mon temps à regarder la télé dans cette langue que je parlais vraiment bien moins de deux ans après mon arrivée.
Je repris ce rôle d intermédiaire que mes parents m octroyaient désormais de plein droit partout ou nous irions.
Les langues devenaient une facilité dont je sus tirer partie sans en tirer un prestige mais une certaine reconnaissance.
Bien sur je trouvais des adultes parlant bien mieux que moi mais personne de mon age lorsque nous étions sur place depuis une période équivalente.
Les mots coulaient en moi, je les digérais facilement et je ne pouvais pas expliquer les choses mais j ai un embryon de réponse : je visualise rapidement les « logiques » de syntaxe et de grammaire des langues que je découvre.
Dès lors je peux rapidement assimiler le vocabulaire et je jongle avec celle ci.
L’erreur consiste à vouloir penser en français et à traduire en transposant ces mots.
Une langue se comprend en comprenant son peuple et son histoire.
Je suis ensuite allé en Afrique du Sud et j ai appris l anglais, ce qui correspondait en même temps à mon entrée en 6ème et à l apprentissage de l anglais officiellement.
J ai eu alors une boulimie linguistique.
J entendais l Afrikaans, les langues parlées par les ethnies africaines ( une dizaine de langue différente ) et je me gavais d anglais afin d en faire un équivalent du français en moi, tant et si bien que rapidement je me mis a réfléchir en anglais et à rêver en anglais…
J avais mes cours d anglais du CNED, les cours payés par la société et les émissions de télé, de radio ainsi que les premières chansons que j écoutait et qui allaient construire ma culture musicale actuelle. J’ai suivi les cours d anglais des étudiants locaux et j ai en moyenne fait l équivalent de 2 de leurs années par année scolaire, tant et si bien que rapidement j avais le niveau d un étudiant sud africain de mon age dont c était la langue maternelle.
Je parlais anglais vraiment bien pour mon âge et j eus rapidement un niveau d anglais supérieur à celui de français qui était pourtant bon.
Je ne comprenais que de moins en moins pourquoi nous ne parlions pas anglais à la maison et entre nous.
Je suppose que c est ce sursaut d orgueil français mal placé qui en empêchait mes parents d essayer.
J étais jaloux d une famille.
Mère italienne, père français et en Afrique du sud depuis des années, les enfants parlaient couramment les 3 langues.
Ma frustration venait s apaiser lorsque je constatais leurs échecs scolaires fréquents. Ils parlaient bien mais c était tout ce qu ils faisaient, alors que j écrivais toutes ces langues et que j étais un élève complet. Oui mais je débutais le latin et le grec ancien, pas eux.
Je profitais de leur contact pour emmagasiner les mots d italien, les rapprocher des mots latins que je connaissais et les mémorisais pour mieux les comprendre. Je préparais l’avenir…
Je passais le plus clair de mon temps à étudier les rouages de toutes ces langues.
Le grec présentait une nouveauté : je devais pour la première fois réapprendre un alphabet, un autre système d écriture.
J essayais de reproduire des mots. J avais néanmoins une fascination pour le Xhosa et une aversion pour l Afrikaans.
Le Xhosa est la langue parlée par la tribu du même nom, dont descend l ex président Mandela.
Je passais mon temps, lorsque nous étions en ville, à ma placer discrètement prêt de l un d entre eux et mentalement je reproduisais les mots qu ils prononçaient. Il faut préciser que cette langue a une particularité » qui la rend si attachante : il faut faire des «clics », des claquements de langue en prononçant les syllabes…
Je passais le weekend end des heures le matin, avant que les programmes télévisés soient diffusés, à lire et à prononcer les écrans annonçant la prochaine prise d antenne : cela se faisant en une dizaine de langues différentes et mon grand loisir arrivait alors : regarder et apprendre par cœur les mêmes écrans publicitaires ( exactement les mêmes spots ) prononcés alors d ns l ordre exacte de ces 10 langues et les réciter sans accent, en faisant le lien entre les traductions et les différents mots.
Je connaissais donc ces publicités en 10 langues, en sachant comment se disait tel ou tel autre mot en une langue désignée…
Cela devenait un vrai challenge…Mais le Xhosa me posait problème.
Le sud africain en revanche ne m’intéressait pas : simple mais laid, je voyais à cette époque se dessiner mon sens du beau : je devenais esthète par le biais des langues.
Le seul intérêt du sud africain était les séries télés qui étaient souvent diffusées en anglais et Afrikaans et lorsque nous captions mal la chaîne en anglais (qui diffusait exactement le même programme au même moment ) nous nous rabattions sur celle en sud africain…
Je partais ensuite au Chili où je pus approfondir rapidement la langue de Cervantès.
Ce qui m agaçait prodigieusement était le fait que j avais rapidement le réflexe d écrire comme je parlais c est à dire avoir un langage recherché mais sans réelle quête de perfection grammaticale : je me contentais de donner du sens.
J avais donc des bonnes notes, mais relativement insuffisantes pour ce que je pouvais donner et le fait que je m ennuyais prodigieusement en classe ne contribuait pas à m aider. J aurais pu faire bien mieux mais cela ne me touchais pas : prouver mon niveau ne m intéressait pas.
J ai toujours eu la sensation que je le faisais pour faire plaisir à mes parents qui m obligeaient à être le meilleur partout, sauf en sport.
Mes professeurs étaient inintéressants au possible, tout du moins leur approche pédagogique.
Peut être étaient ils doués pour vomir leur cours crasseux et poussiéreux à un parterre d’élèves indisciplinés et nombreux, ce dont je doute encore aujourd’hui en y repensant, mais ils n étaient pas faits pour stimuler des enfants curieux et seuls ou à deux par classe.
Force est de constater que nous n étions pas forcement une élite mais un petit nombre.
L évidence me saute aux yeux et leurs méthodes auraient pu être appropriées.
Je me suis passé d eux de plus en plus souvent par la suite, faisant seul mes cours du CNED dont je ne remercierais en revanche jamais assez les méthodes et la pédagogie.
Toujours est il que j avais cette fois l espagnol en cours payés par la société ainsi que les cours du CNED et l environnement global tourné vers l espagnol. J avais des cours d anglais payés également par la société, ceux du CNED et j en prenais à titre personnel, pendant mes loisirs pour m amuser. Soit plus de 10H de cours par semaine quasi individuels + la pratique usuelle…
Mes professeurs français physiquement présents, à quelques très rares exceptions étaient de piètres êtres humains.
Ils ne faisaient que renforcer cette envie de les surpasser pour ne plus avoir à justifier mes connaissances devant leur regard.
Aujourd’hui encore je les exècre : ils étaient inutiles et nuisibles à mon apprentissage personnalisé et ils entêtaient à me faire rentrer de gré ou de force dans un moule alors que j étais un individu normalement intelligent mais avec une infinie soif de savoir…
Ma frustration de ne pas apprendre assez, assez vite, ma poussé à faire tout par moi même, avec la complicité de ma mère qui me poussaient à en faire plus que mon programme scolaire officiel me proposait.
Je repartais ensuite au Venezuela où j avais pratiqué mon accent local de façon si assidue avant d y retourner que lors des premiers contrôles d’identité par les vigils de notre base vie dans les premiers jours de notre nouveau séjour je ne passais pas pour un français au prime abord tant mon accent était bon.
Je suis sans mérite tellement les français parlants les langues étrangères abaissent le niveau général, notamment grâce au fameux accent gaulois aussi ridicule que charmant les esprits cela étant.
Je frôlais les 15-16 points de moyenne et je préparais ma seconde, ma 1ère A et mon Bac A2 avec sérénité.
Je voulais un challenge pour la première et je décidais donc de prendre en 3ème langue le russe.
L expérience du grec m avait amusée et voulant ensuite effectuer une carrière dans la diplomatie, il m apparaissait évident pour tenter le concours externe de l’ENA de pratiquer une langue moins occidentale.
Le russe était une première approche.
Ma mère refusa pour la première fois devant l angoisse de mon, bac et c est la première fois que je la vis au cours de ma scolarité me refuser une difficulté que je me proposais de franchir.
Erreur qu elle ne réitéra pas avec mon jeune frère qu elle laissa prendre japonais en 3ème langue au bac alors qu il était en section scientifique.
Ironie du sort, mon professeur de matières scientifiques de l époque, italien d origine et à ses heures de séducteur, prétendait pouvoir m aider plus aisément en italien.
Rapidement il avoua ses limites et je me fis un malin plaisir mêlé de déception et de colère ravalée de le reprocher à ma propre mère.
J obtins une négociation en seconde qui me facilita la tache : je pourrai changer de langue en 1ère au détriment du latin à la condition que je passe aisément en cette classe. Je lâchais donc le latin pour non pas le russe mais l italien.
Je trouvais ça logique mais ridicule. Au désormais mien « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » s’opposait désormais le « pourquoi faire compliqué quand on peut jouer la sécurité ? » de ma mère.
Au passage, comme je sentais poindre l ennui potentiel mon professeur me fit faire en 1ère une bonne partie du programme de 1ère scientifique ( le bac C à l époque ) et en Terminale, je pris en option Economie et Gestion qui remplaçait le sport que je ne ferais pas, étant dispensé.
Comme j étais censé avoir débuté l italien en seconde au minimum, je dus étudier l année de seconde et de première en même temps.
Ce que je fis aisément et j eus ma meilleure moyenne générale en italien en terminale.
Je passais mon bac dans des conditions plus qu étranges et j eus des notes en langue comprises entre 15 et 16 sans réellement chercher la performance.
J étais blasé, tout simplement. Je parlais ces langues sans forcer et sans travailler.
Elles coulaient spontanément de moi, fluides, suaves. Je réfléchissais en 3 langues et rêvais en 3 langues. 4 avec l italien pour mes 17 ans…
Je m inventais des challenges à mes heures perdues : prendre une phrase et la traduire instantanément en ces 4 langues ou la commencer en 1 langue et la poursuivre en enchaînant avec les 3 autres restantes…
Je rirais des similitudes qui mêlaient mes pensées parfois quand j écrivais espagnol ou italien. Le latin avait ajouté à ma confusion. Je recherchais toutes les origines grecques et latines dans chacun des mots que je prenais.
Je ne parlais que des belles langues et j en étais pas fier, c était la logique des choses, je n avais pas de mérites, même si je voyais que mon frère devait lui travailler pour avoir des notes équivalentes. J aimais le beau et le beau m aimait.
Ce qui m a plus tard en revanche passablement rendu méprisant a été le regard et les remarques de cet ordre de la part de mes contemporains restés ou non d ailleurs en métropole vis à vis de mon niveau, et ce, quel que soit leur âge.
Oui j avais des facilités pour les apprendre mais j ai néanmoins dû avaler et ingurgiter des milliers d heures de données et de paroles.
J ai moi aussi dû m’exercer pour avoir ce niveau et j ai pratiqué des milliers de fois mon accent pour qu il soit le plus neutre possible.
Je prenais les méthodes du tennis que je pratiquais à l époque et je prononçais chaque mot individuellement jusqu à des dizaines de fois à la suite afin d être le plus proche possible de l accent que j idéalisais à l époque, l accent britannique.
Je prononçais alors chaque mot présentant une difficulté d une phrase avant de la prononcer à son tour des dizaines de fois afin de globaliser la prononciation et l harmonie qui s en dégageait naturellement d’elle.
L anglais ma toujours semblé être une langue idéale, plus riche et plus logique que le français.
Je découvrirai par la suite que je la trouverai également plus musicale.
Je n ai jamais eu ces langues en moi de façon innée. Hormis celle que j ai inventé avec mon frère.
Je n ai pas travaillé pour avoir ces connaissances, je me suis amusé à mes emmagasiner et je me suis construit une mémoire faite pour cela.
Anecdote de faculté lors de notre premier cours d anglais, mais cela s est vérifié aussi pour le cours d ‘espagnol.
Je n étais pas connu pour être un juriste hors pair. Je me place en fond de classe parmi les cancres. Je les laisse faire le tour de table en anglais ( ou espagnol ) et je vaque à mes occupations en attendant de finir le tour de table traditionnel du premier cours et je m’arrange pour être le dernier à prendre la parole.
J entame alors dans chacun des cours, un long monologue avec le professeur qui est ravi et je réussis à faire en sorte que tous les élèves du TD se retournent sur moi pour savoir qui était ce type qui parlait un anglais ( puis un espagnol ) sans accent et sans hésitation ni trou.
C est grâce à ce moyen que j ai noué mes premières amitiés durables de faculté. Les cancres m ont maudit, j attirais l attention sur eux.
J’étais en compétition en anglais avec 1 anglophone et un francophone de l Ile Maurice et je m en suis sorti avec les honneurs, terminant 2ème de cette joute verbale interposée, chacun étant dans un groupe de TD différent.
En espagnol je l’étais avec un franco-espagnol. Sa vantardise l a ridiculisé aux yeux du groupe au vu des résultats finaux.
A vaincre sans mérite on triomphe sans gloire, je ne tirais aucune satisfaction personnelle de cette situation cependant.
Je finissais ma 2ème année avec une moyenne générale en anglais de 18/20 et 17/20 en espagnol en bouclant mes examens finaux de fin d’année en 1H10 au lieu des 2 heures accordées. No comment.
Je commençais alors le japonais pendant mes loisirs.
Pour la première fois j apprenais une langue vivante dans un pays loin de son pays d origine. J ai pris des cours en face à face avec un professeur de japonais qui n avait ce titre que par le mérite de sa nationalité et non pas grâce à ses qualités pédagogiques.
J ai ensuite enchaîné avec une méthode américaine. J ai donc appris le japonais de base en anglais.
J ai enchaîné par un voyage sur place qui m a en peu de temps permis de consolider mon niveau.
J ai ensuite utilisé des méthodes complémentaires en France. Je l apprend toujours à ce jour.
Je l ai choisi pour 2 raisons majeurs : je vénère le Japon, son raffinement et son sens de l esthétisme et avant tout je vénère la beauté absolue de ses femmes.
Un de mes rêves est d aller travailler là bas quelques années. A l époque mon rêve était d épouser une japonaise.
Apprendre une langue étrangère par le biais de son épouse a toujours été une finalité pour moi, au risque dans l hypothèse contraire d’avoir un risque potentiel d ennui en sa compagnie…
J ai en parallèle réfléchi aux prochaines langues que j apprendrai et j ai opté pour le portugais, pour deux raisons là encore : il s’agit d’une des 2 dernières langues latines me manquant avec le roumain et par ailleurs en Amérique du sud j avais été frustré de ne pas pouvoir parler toutes les langues officielles du continent…
Je précise que notre bref passage au Brésil me permit de constater que je le comprenais déjà et le lisais.
Il me faudrait donc peu de temps avant de le parler et de l écrire. Et puis j adore l accent brésilien, et les brésiliennes…
Ne me jetez pas la première pierre, je ne suis qu un être humain avec ses faiblesses, et même si je ne succombe pas, je rappelle que ce n est pas parce que l on est au régime qu’on n’a pas le droit de regarder le menu…
J ai toujours accompli mes plus beaux challenges grâce a l énergie que me conférait le regard voire l amour d une femme sur moi.
Cela a été le cas de celui de ma mère, de ma maîtresse en primaire, de mes copines de classe, de mes petites amies, de celle dont je suis chaque jour davantage amoureux à présent.
Mes prochaines langues seront, après maîtriser le japonais et le portugais, d apprendre le mandarin et le russe.
Je me remettrai au Zoulou pour lequel j ai une tendresse toute spéciale.
Mais d’ici là je débute avec entrain et le plaisir que j avais à parler l indonésien, le créole réunionnais : c’est ludique et simple, il ne me manquera juste l accent.
Anecdote au passage : lors de premier passage à la réunion, je me retrouvais sur un marché aux fruits face à un commerçant qui sans que je sache pourquoi commence à me parler en créole et me demande ce que je souhaite.
Je lui précise avec le même accent la quantité de mangues et de lychees que je souhaite en lui demandant le prix, avec 2 phrases que j avais entendues quelques minutes auparavant avec le client précédent…
Il me regarde avec un large sourire, pensant vraisemblablement que j étais un zoreil…
Je lui rends ce sourire, fier de moi et heureux de lui avoir fait une agréable surprise…
Je n ai ni talent, ni don, juste une facilité, une oreille et une mémoire dédiée à l apprentissage des langues.
J’ai la faiblesse de croire que rien ne fait plus plaisir et rien ne vous intègre mieux en terre étrangère que l’adoption des us et coutumes locales ainsi que la pratique de la langue.
Aujourd’hui j utilise aussi ces langues afin de pouvoir échapper à toute personne dont je ne souhaite pas la compagnie en prétextant que je ne parle pas le français. Les langues vivantes sont pour beaucoup de personne en France une sorte de snobisme : voir un film en VO donne un certain genre, c est pourtant un tel vecteur de compréhension du message du réalisateur ou de l acteur. En rappelant qu à l étranger c est le français qui est langue de snobisme et de prestige. Ce sont ceux qui parlent le français qui sont potentiellement prétentieux, pas ceux qui essaient de se l approprier : regarder un film américain en Vo est la logique, vouloir le regarder en français est une marque de fierté mal placé à la française. L exception inculturelle nous accable décidément.
En faisant cette démarche au fil de mon histoire, j ai fait abstraction de mon origine pour m approprier la terre et les hommes ou j ai vécu.
J ai été et suis devenu ce qui me faisait plaisir, ce qui me rapprochais de la différence, ce qui m était inconnu et j’ai ainsi compris et vécu ces langues de l intérieur.
Ce qui fait aussi qu aujourd’hui je suis apatride, errant de pays en pays, pouvant endosser n importe quel visage et n importe quel culture sans me sentir déraciné.
Pour être déraciné, encore faut-il avoir un jour eu des racines…
Celles que j aurait pu avoir de mes parents ont été détruits par les déceptions et le dégoût que mes compatriotes, au premier chef desquels les membres de ma propre « famille », ont généré en moi.
J’aurai pu être français, au moins de cœur, je ne le suis que de passeport. Pour combien de temps encore.
Le français est une des langues que je connais, la France un de mes pays de résidence. Rien de plus. J y suis bien mais pas chez moi.
Aujourd’hui, lorsque j entend que telle personne parle un nombre de langues supérieure à moi, je sens une furieuse envie de continuer à apprendre et à parler plus de langues qu’elle…
Appelez cela de l amour propre mal placé, je parle de challenge perpétuel.
J ai pratiqué Internet pour continuer à pratiquer ces langues que j apprend et approfondis
Ce n est pas du snobisme mal placé, c est ma nature profonde, ne me jugez pas comprenez moi simplement.
Je ne suis pas vous et je ne suis pas votre semblable, je ne vous suis ni inférieur ni supérieur.
Je parle 4 langues et en apprends 2 de plus, je me souviens de 3 d entre elles à demi-mot.
Ceci est mon histoire, acceptez moi en tant que tel et ne complexez pas vis à vis de ce que je suis, cela ne fait que me rappeler que je suis différent.
Je n y suis pour rien, j ai vécu et me suis construit ainsi. Laissez moi être moi, une fois dans ma vie et quelle que soit la langue dans laquelle vous me parlerez je vous répondrais en vous tenant le même discours et en restant moi même : juste un homme qui a mal de vivre.